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Resenha do livro "A casaca do Arlequim", de Heliana Angotti-Salgueiro, recém-lançado no Brasil.

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Critique du livre "A casaca do Arlequim", d'Heliana Angotti-Salgueiro, récemment lancé au Brésil.

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PICON, Antoine. Remarques sur La casaque d’Arlequin. Resenhas Online, São Paulo, dates.year 20, n. 231.02, Vitruvius, dates.mar 2021 <https://vitruvius.com.br/revistas/read/resenhasonline/20.231/8037/fr>.


C’est à la fois un honneur et un plaisir d’avoir été invité à prendre la parole aujourd’hui à l’occasion de la parution de l’édition brésilienne du livre majeur d’Heliana Angotti-Salgueiro, La casaque d’Arlequin. J’ai de la peine à croire que cela fait vingt-quatre ans déjà que le livre d’Heliana est paru dans sa version française. Vingt-quatre ans, c’est le temps d’une génération. C’est bien évidemment un défi redoutable pour un ouvrage historique qui porte nécessairement la marque des théories, des travaux et des débats qui étaient ceux de l’époque où il a été élaboré que de reparaître dans un tout autre cadre. Dans la longue préface qu’elle a rédigé pour l’édition brésilienne de son livre, Heliana Angotti-Salgueiro revient avec finesse et pénétration sur le contexte dans lequel La casaque d’Arlequin a été élaborée. Ce contexte est tout d’abord celui d’une institution, l’École des Hautes Études en Sciences Sociales au sein de laquelle se croisaient des personnalités brillantes et diverses, de Hubert Damisch à Louis Marin et de Marcel Roncayolo à Bernard Lepetit.

Ce qui me frappe rétrospectivement, c’est le rôle de passeur qu’a joué dès cette époque et dans un tel contexte Heliana Angotti-Salgueiro. S’agissant de ce rôle de passeur, on pense bien évidemment aux relations entre le Brésil et la France, mais Heliana a également réussi à articuler de manière assez unique des disciplines et des courants de pensée qui avaient tendance à se côtoyer sans vraiment dialoguer, même à l’École des Hautes Études pourtant connue pour son interdisciplinarité. Son travail se situe notamment à l’articulation de l’histoire de l’art et de l’histoire urbaine ; il porte la marque des réflexions d’Hubert Damisch sur le renouvellement nécessaire de l’histoire de l’art ainsi que des travaux de Bernard Lepetit sur l’histoire des villes. Il n’était pas si courant que cela, à l’époque de se mouvoir avec aisance entre ces disciplines et ces approches. Accordant une large place à la pratique éclectique du XIXe siècle architectural, La casaque d’Arlequin est aussi éclectique au meilleur sens du terme, capable de se nourrir d’approches diverses. On comprend mieux du même coup que la thèse dont l’ouvrage est issu ait été couronnée par l’École des Hautes Études. Elle constitue peut-être le plus bel hommage qui ait été rendu à cette institution phare des années 1980-1990 et à la diversité des disciplines, des points de vue et des démarches qu’elle abritait.

Dans la thèse et l’ouvrage d’Heliana Angotti-Salgueiro, cette diversité trouve sa contrepartie dans un méticuleux travail de théorisation. La casaque d’Arlequin est à la fois fondée sur le dépouillement et le traitement d’archives abondantes et sur un ensemble d’élaborations théoriques. Dans la lignée des réflexions de Bernard Lepetit, l’ouvrage repose par exemple sur une réflexion poussée concernant les relations entre représentations et pratiques. Il réussit également à articuler de manière très convaincante prise en compte de contextes très généraux et enseignements de la micro-histoire très influente à l’époque de sa rédaction.

Mais l’apport théorique essentiel du livre réside sans doute dans la substitution de la notion de transfert culturel à celle d’influence qui avait prévalu jusque-là. Certes, Heliana Angotti-Salgueiro n’est pas la seule protagoniste de ce changement majeur, mais son livre constitue l’une de ses mobilisations les plus fécondes dans le domaine de l’histoire de la ville et de l’architecture. A la différence de l’influence qui est ordinairement envisagée à sens unique, le transfert se révèle plus complexe. Il s’accompagne de phénomènes de traduction, d’adaptations créatives, d’hybridation avec d’autres références. Les analyses d’Heliana de la façon dont l’architecture Beaux-Arts et l’Haussmannisation sont reçues et adaptées à Belo Horizonte se révèlent tout à fait magistrales. Je voudrais à ce propos souligner l’actualité qu’elles conservent aujourd’hui encore, par-delà le caractère pionnier qu’elles revêtaient à la fin des années 1990. Il est beaucoup question aujourd’hui d’histoire globale, une histoire qui cesserait une fois pour toutes de raisonner en termes de centre et de périphérie, d’influences centripètes et de modèles interprétés de manière étroitement normative. Rétrospectivement, il me semble clair que La casaque d’Arlequin est l’un des premières contributions à cette histoire globale qu’illustrent les travaux de Mark Jarzombek ou Kathleen James-Chakraborty. Il est à cet égard symptômatique qu’un doctorant en histoire de l’art d’Harvard ait entrepris d’écrire une histoire globale de l’architecture Beaux-Arts. Gageons que l’ouvrage d’Heliana figurera en bonne place parmi ses références clefs.

Une autre notion clef auquel l’ouvrage contribue à apporter une épaisseur et une complexité souvent absente des travaux qui la mobilisent est celle de modèle. L’histoire fine de Belo Horizonte permet de mieux mesurer ce qui fait modèle dans l’haussmannisme. On est dans quelque chose de beaucoup plus compliqué que les “Paris capitale du XIXe siècle” transposés sans nuance à l’histoire urbaine qui ont souvent été mobilisés pour comprendre la réception des transformations haussmanniennes. Belo Horizonte et plus généralement le Brésil s’avère un cas particulièrement intéressant en raison de l’hybridation entre apports français et italiens. On n’est pas dans la pureté d’une importation au contours définis avec précision, mais bien dans un travail de mixage qui réclame une grande finesse dans l’analyse.

Il faut enfin souligner le croisement entre contextes et itinéraires d’un certain nombre de personnages, au premier rang desquels figurent l’ingénieur Aaron Reis et José de Magalhaes. J’insiste sur l’importance de ces apports théoriques car je n’ai pas toujours été tendre à leur égard. J’ai notamment, dans un compte-rendu globalement très flatteur publié dans Les Cahiers de la Recherche Architecturale parlé à leur égard de “lourdeurs démonstratives”! Je profite donc de cette intervention pour faire mon mea culpa. Venant d’un champ assez différent, je n’avais pas toujours saisi à l’époque l’importance de ce positionnement théorique.

D’un point de vue empirique, je crois qu’il n’est nul besoin de revenir sur les très nombreux apports du livre. Le lecteur voit véritablement Belo Horizonte naître sous ses yeux au terme d’un processus qui n’a rien de linéaire. Par-delà l’aventure qui donne naissance à la capitale du Minas Gerais, le livre donne à réfléchir aux vicissitudes dont s’accompagnent presque toujours les entreprises d’urbanisme volontaire à grande échelle. L’utopie se heurte à la réalité. Certes, elle la transforme en partie, mais elle échoue à s’en rendre maître. On retrouve du même coup dans l’ouvrage d’Heliana Angotti-Salgueiro certaines des intuitions qui avaient conduit Françoise Choay à éditer son anthologie L’Urbanisme, utopies et réalités.

Évidemment, il y a des thèmes qui auraient mérité davantage de développements à mon sens. L’historien du saint-simonisme que je suis ne peut s’empêcher de trouver qu’on aurait pu donner davantage encore de place à la dimension utopique présente notamment dans l’œuvre de Reis. D’autres thèmes seraient aujourd’hui plus développés car ils ont pris une importance beaucoup plus grande qu’il y a vingt-quatre ans. La question de la nature dans la ville en fait partie. Cela constitue à coup sûr un des très grands intérêts du travail de Reis que de traiter la nature en empruntant là encore à Haussmann et à ses ingénieurs et jardiniers, du parc central de la ville aux plantations d’alignement. Mais il serait vraiment intéressant de reprendre cette question aujourd’hui à la lumière des travaux qui se sont multipliés à son propos.

Quel sens revêt la republication d’un livre vingt-quatre ans après sa parution? Évidemment, le fait qu’il s’agisse d’une traduction neutralise en partie l’âpreté de cette interrogation. On ne peut que se réjouir que le public lusophone puisse enfin prendre pleine connaissance d’une contribution majeure à l’histoire de l’urbanisation brésilienne. Mais on sent chez Heliana Angotti-Salgueiro une certaine appréhension au moment d’aborder cette question. N’a-t-elle pas terminé sa présentation en affirmant que “l'historien sait que parmi tous les livres, il en écrit un des plus éphémères”.

Effectivement, le paradoxe de la production historique est de prendre assez vite de l’âge, plus vite parfois que des écrits tellement inscrits dans leur époque qu’ils prennent presque immédiatement valeur de témoignages incontournables concernant celle-ci. Mais comme nous le rappelle Heliana, le travail de l’historien est aussi un témoignage. Il nous parle de l’époque à laquelle il a été écrit au moins autant que du passé. L’édition brésilienne commence d’ailleurs par nous parler de cette époque, des années 1980-1990 et du climat intellectuel qui régnait, avant de plonger dans les eaux du XIXe siècle. Le double éclairage qu’apporte Heliana relève, comme elle le note avec justesse, du développement qu’a connu la notion d’ego-histoire ces dernières décennies.

Mais tout en reconnaissant l’intérêt de cette posture de l’égo-historien, je tiens à rester plus optimiste qu’Heliana en allant au-delà de la notion de témoignage sur une époque révolue. Les travaux historiques passés conservent une actualité à la mesure de leur contribution à la discipline. Lorsqu’ils sont de la qualité du livre dont nous fêtons aujourd’hui la sortie ne sont pas si éphémères que cela. Il convient à ce propos de se rappeler que l’histoire ne peut prétendre à la scientificité qu’en gardant la mémoire des étapes par lesquelles est passée la réflexion historique, ne serait-ce que parce que cette réflexion se présente comme un ensemble stratifié. Du coup, La casaque d’Arlequin n’est certainement pas un témoignage surgi du passé mais bien une étape importante, une strate de l’histoire urbaine et architecturale sur laquelle reposent les travaux d’aujourd’hui. Je me réjouis encore une fois que le public de ce travail s’élargisse considérablement avec sa traduction en portugais.

note

Note de l'éditeur – Texte original français présenté par Antoine Picon à l'occasion du lancement virtuel du livre <i>A casaca do Arlequim</i>, d'Heliana Angotti-Salgueiro.

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A casaca do Arlequim

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A casaca do Arlequim

Belo Horizonte, uma capital eclética do século XIX

Heliana Angotti-Salgueiro

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